|
Le
quartier de "Maya Bazar" existe depuis près de
90 ans, et est à ce titre l'un des plus anciens slums de
Bangalore. En Hindi, "maya" signifie "magie",
et fait ici référence à l'incroyable croissance
"organisée" de ce quartier populaire. Il regroupe
actuellement près de 2000 familles, et se situe dans la
zone Sud de Bangalore. Ce quartier jouit d'une situation spéciale
en matière de propriété foncière :
il est entièrement construit sur un terrain appartenant
à l'armée, et n'est donc pas encore officiellement
régularisé. En conséquence, on pourrait s'étonner
du fait que des installations "officielles" de services
de base aient déjà eu lieu sur des terrains dont
les habitants ne sont pas du tout propriétaires. Mais l'ancienneté
du slum, doublée d'un désintéressement de
l'armée pour ces terrains considérés comme
peu stratégiques, a joué en faveur des habitants.
L'ONG
GOODWILL INTERNATIONAL mène
dans ce quartier un programme de "community empowerment",
financé en partie par la coopération hollandaise.
Entre autres, elle favorise la création de "Community
Based Organizations" (CBO), comme par exemple les "Self
Help Groups", qui constituent le niveau le plus simple d'organisation
communautaire. Généralement constitués d'une
dizaine de femmes, ces groupements d'entraide ont pour objectif
initial la mise en place de structures de prêts à
taux bonifiés accessibles à tous les habitants du
quartier. Minalamma est la présidente d'un de ces groupements,
crée il y a un peu plus d'un an : le "JASMINE SELF
HELP GROUP", dont nous avons pu assister à l'une
des réunions hebdomadaires.
Les
membres du JASMINE SELF HELP GROUP
Les
habitants disposent pour leur approvisionnement de 5 puits actionnés
par des pompes à main, de 10 robinets publics, ainsi que
de 3 grands réservoirs depuis un an (installés grâce
à des pressions sur l'élu politique local). Depuis
peu de temps, la majorité des foyers dispose également
de connexions individuelles. La facture mensuelle minimum s'élève
à R 60 (environ FF 10); tout dépassement est ensuite
facturé au prorata de l'eau consommée. Mais dans
les faits, pratiquement personne ne dépasse ce seuil de
R 60 : les habitants ont en effet appris à utiliser
les bénéfices de ce double système EAU PUBLIQUE
/ CONNEXION INDIVIDUELLE pour reporter leur consommation supplémentaire
sur les accès publics gratuits (sans qu'aucune limitation
ne leur soit imposée par la communauté !). Les
habitants se disent toutefois insatisfaits du coût élevé
du forfait de consommation minimum, et estiment que le "juste
prix" serait plutôt de R 30 (environ FF 5). Toutefois,
en mixant ces différentes sources d'approvisionnement,
une famille dispose des quantités d'eau nécessaires
à son fonctionnement quotidien, et consomme ainsi en moyenne
25 "baquets" d'eau tout les 2 jours. Les habitants de
Maya Bazar ne se plaignent donc d'aucun manque d'eau, malgré
la discontinuité du service (quelques heures matin et soir
tous les 2 jours...).
D'autre
part, les habitants de Maya Bazar font preuve d'une certaine maturité
dans leur approche des problèmes liés à l'eau.
Les femmes du JASMINE SELF HELP GROUP semblent conscientes de
l'existence de nombreuses maladies liées à la mauvaise
qualité de l'eau. Interrogées sur les améliorations
prioritaires de leur système d'approvisionnement, toutes
se prononcent en faveur d'une meilleure qualité, et se
plaignent d'être parfois obligées de faire bouillir
l'eau provenant des sources d'approvisionnement publiques avant
de la consommer (quoique cette eau "publique" soit en
général réservée au lavage ou aux
sanitaires). "Nous avons l'eau en quantité suffisante,
maintenant nous voulons de la qualité plus que de la quantité"...
En
matière d'assainissement, l'ensemble
des foyers dispose maintenant de toilettes et d'installations
sanitaires individuelles, là encore suite à des
pressions exercées sur certains leaders politiques locaux.
Le coût par foyer de cette installation s'élevait
à R 3 000 (environ FF 480), majoritairement financés
grâce à des emprunts à taux élevés
(jusqu'à 10% !). L'eau utilisée pour remplir les
chasses d'eau provient en général des sources d'approvisionnement
publiques (au même titre que l'eau utilisée pour
les lessives).
Minalamma
est fière de s'impliquer dans le développement de
son quartier, et comme les autres membres du JASMINE SELF HELP
GROUP, elle souhaite conserver ce nouveau "pouvoir économique"
que lui apporte la gestion d'une structure d'entraide communautaire.
|