Comment impliquer la population dans la mise en place d'un système novateur en matière d'eau et d'assainissement ? C'est à ce défi qu'a du faire face Mery QUITON, sociologue à la Banque Mondiale, détachée sur un programme pilote mené à La Paz et El Alto. Ce projet, qui a associé la Banque Mondiale à Aguas del Illimani (filiale de Suez Ondeo en charge de la concession de La Paz) était destiné à aider les plus pauvres à obtenir un accès soutenu aux services d'eau et d'assainissement en réduisant le coût de la connexion.

La principale difficulté rencontrée par Mery a été de faire évoluer les mentalités des populations issues de l'exode rural. En effet, celles-ci sont marquées à leur arrivée par des habitudes d'hygiène et d'assainissement arriérées, et en tout cas complètement inadaptées au contexte urbain. Par exemple, l'usage d'installations sanitaires de base est entièrement nouveau pour les habitants de ces zones récemment peuplées.

L'innovation à El Alto, c'est la mise en place du système " condominial ", un procédé élaboré au Brésil dans les années 80. Le but de ce système est de réduire le coût de la connexion individuelle à l'eau et à l'égout en faisant participer la population aux travaux d'installation du réseau. Ce dernier présente par ailleurs des caractéristiques techniques simplifiées (moindre diamètre, moindre longueur et moindre enfouissement des canalisations). Selon Mery, le plus difficile est que faire en sorte que la population s'approprie le système et y prête attention. Il ne faut rien leur imposer :
" En Bolivie, la culture est très forte, dans un programme comme celui-ci, il faut connaître et respecter la culture. Il y a des coutumes qu'on ne peut pas changer ! ".

Mery souligne aussi les spécificités de la pauvreté en Bolivie. Ainsi, celle-ci se montre par exemple beaucoup plus insidieuse et cachée dans ce pays où le froid oblige les habitants à avoir un habitat décent : " dans les Andes, les habitations sont bonnes à cause du froid ; elles ont des portes et des fenêtres et cela masque parfois l'état d'extrême pauvreté des populations ". De plus, la population bolivienne est caractérisée par une vraie solidarité, et chacun s'efforce de gommer les inégalités. Ainsi, on observe dans les quartiers pauvres une solidarité " en chaîne ", où les populations d'origines rurales qui accèdent à un minimum de confort en font immédiatement profiter leur famille ; la famille nucléaire d'abord, puis viennent ensuite s'installer les cousins, les oncles etc…
Ces habitudes culturelles des populations marginalisées défient parfois la rationalité des systèmes classiques de distribution ; c'est là que les sociologues ont leur place aux côtés des ingénieurs.

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