Parlant un français impeccable, Luiz Henrique Lima est l'un des hauts fonctionnaires de l'Etat de Rio. Dans la constitution brésilienne, une autonomie importante est laissée aux Etats, notamment en matière de gestion des systèmes hydrographiques (même si les municipalités demeurent autonomes pour la gestion des services d'eau et d'assainissement). En charge des grands projets, le secrétaire d'Etat aux ressources hydriques joue un rôle important dans la planification et la gestion de la ressource en eau à l'échelle de l'Etat.

Par rapport aux autres grandes villes du Brésil, Rio se distingue par son ancienneté (quatre siècles d'existence...). Pour comprendre les problèmes actuels d'approvisionnement en eau potable, il est nécessaire d'aborder les histoires comparées de la ville, et de l'eau dans la ville. Ainsi le nom "Carioca" (mot d'origine Tupi, signifiant "maison des blancs"), qui désigne de nos jours l'habitant de Rio, tient son origine d'une rivière qui approvisionnait autrefois la ville en eau. Certaines gravures du Français Jean-Baptiste Debret représentent les corvées d'eau des esclaves puisant dans la rivière Carioca.

Jean-Baptiste Debret, 1826


Avec la forte croissance de la population, l'eau devient progressivement un sujet politique phare, notamment pour les fameuses favelas qui recouvrent petit à petit les collines de la ville. Dans les années 50-60, la vie politique locale est marquée par les actions des "politiciens du robinet", qui s'attirent la gratitude du peuple en inaugurant
des bornes fontaines aux entrées des favelas non encore reliées au réseau. A cette époque, les femmes brésiliennes ne travaillaient pas encore, et la corvée d'eau était un symbole culturel fort; l'amélioration de l'accès au bien le plus précieux assura donc un franc succès à ces politiciens d'un nouveau type.

Mais l'installation des premiers véritables réseaux d'eau dans les favelas et les quartiers populaires date de la décennie 70. Auparavant, un mouvement politique de droite préconisait de raser les favelas pour construire des quartiers "plus urbanisés" tout en tenant les populations défavorisées à l'écart du centre et des quartiers aisés. Ce programme ayant échoué, les administrations de gauche se sont de fait lancées dans l'urbanisation des favelas situées en plein cœur de la ville, parfois même à l'intérieur des quartiers les plus aisés. Il s'agissait alors de fournir aux habitants de ces zones informelles les services municipaux de base, tout en légalisant leur statut.

La crise économique qui touche alors le Brésil paralyse cette politique d'urbanisation et, dans un même temps, la croissance de la population explose sans aucun contrôle. Les systèmes de distribution d'eau initiaux s'avèrent vite sous-dimensionnés, et personne dans les favelas ne paie sa facture d'eau (soit par principe, soit par manque de moyens, soit parce que la facture n'arrive pas faute d'adresse...). Parce que les populations pauvres croissent plus rapidement que les populations aisées, le déséquilibre se creuse et l'insécurité devient préoccupante.

Une parmi les quelque 600 favelas de la région métropolitaine de Rio, la favela Rocinha est un exemple typique. Maintenant en partie stabilisée, elle constitue une bonne illustration de l'impact structurant d'un service d'eau dans une zone de peuplement informel... Un laboratoire grandeur nature pour l'AquaTeam...

Pour aller plus loin, quelques liens utiles:


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