Le professeur GARCIA est l'un des responsables du département d'urbanisme à l'université catholique du Parana. Il y a quelques années, il a co-dirigé un projet pilote d'urbanisation de la favela Pinto, en périphérie de la ville de Curitiba, en collaboration avec de nombreux experts spécialisés de la mairie et de la SANEPAR, concessionnaire en charge des services d'eau et d'assainissement pour la municipalité.

Au total, plus de 20 experts (architectes, assistantes sociales, ingénieurs et techniciens,...) ont travaillé sur ce projet. Les étudiants de l'université ont également eu un rôle original de réflexion en amont du projet, et ont contribué à proposer des solutions innovantes pour la restructuration de ce quartier pauvre.

La favela Pinto (qui ne comptait encore que 5000 personnes en 1985) est la plus ancienne "invasion" de la ville de Curitiba. C'est à ce titre qu'elle a été choisie comme site pilote pour cette expérience d'aménagement particulière. Les principaux objectifs du projet étaient définis de la façon suivante :

- Procurer l'eau potable aux habitants (et individualiser les accès) ;
- Déplacer des familles entières sujettes aux inondations ;
- Négocier les échanges de terrains entre la municipalité et les habitants
;
- Réussir l'intégration urbaine de la favela vis à vis des quartiers alentours ;
- Améliorer l'organisation interne de la favela ;
- Eduquer les habitants pour développer une culture du paiement de l'eau ;
- Via enquêtes et recensements, travailler sur le concept de qualité de vie.

La structuration du réseau routier a été un élément essentiel de l'expérience menée. Une des premières tâches fut de choisir des axes de circulation stables, de les tenir dégagés et surtout de les imposer à la population. Sur le plan de l'assainissement, la favela a été découpée en trois zones qui ont été équipées avec des systèmes différents, dans l'idée de pouvoir comparer les expériences afin de définir le système le plus approprié (fosse septique, système condominial, collecteur public).

Une méthodologie particulière a été utilisée pour assainir et restructurer l'espace urbain de la favela Pinto. Il s'agissait de libérer un espace d'habitation (cf. négociations et échanges de terrains), de l'assainir, et d'y transférer ensuite les habitants d'un autre lot qui libèraient ainsi un nouvel espace à assainir. L'opération pouvait alors être reproduite avec le lot libéré. Le schéma ci-dessous présente le fonctionnement de cette réaction en chaîne, que les populations des favelas ont souvent du mal à accepter :

Un système conventionnel d'approvisionnement en eau potable, financé par la mairie, a été mis en place. Chaque foyer est ainsi desservi individuellement, et un compteur identifie sa juste consommation. Ce choix a été fait en fonction du coût minimum pour les populations, et en raison des difficultés de recouvrement du système communautaire qui existait précédemment. Ce système est par ailleurs très consensuel, puisqu'en plus de favoriser un meilleur recouvrement des coûts pour la SANEPAR, il permet aux habitants d'accélérer la reconnaissance et la légalisation de leur terrain.

Pour atteindre les objectifs du programme en matière d'éducation, une politique d'éducation des populations - et en particulier des enfants - a été mise en place. Elle est diffusée dans les écoles sous la forme d'une mascotte (CHICO FRANCA) en bande dessinée à colorier. Comme le souligne le professeur GARCIA, il faut une représentation qui incarne les problèmes, pour motiver le dialogue et la participation de la communauté.

Enfin, à l'occasion de cette réorganisation générale, un système de collecte des données sur l'état civil, la santé, l'éducation et les conditions de vie a également été mis en place, afin d'une part de mieux connaître les besoins des habitants, et d'autre part de mieux contrôler par la suite la croissance urbaine du quartier.

Malgré tout, des pressions politiques diverses ont parfois malmené le projet d'urbanisation de Vila Pinto, sauf en période de campagne électorale, où chaque nouvelle connexion individuelle peut être assimilée à un vote supplémentaire... Des divergences sont également apparues entre les priorités décidées à l'échelle de l'Etat, et les objectifs définis au niveau de la municipalité.

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