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Mark
DUMOL a été l'un des maîtres d'œuvre de la privatisation de l'eau
à Manille. Il a travaillé à la préparation de ce projet entre
1993 et 1997, année au cours de laquelle la privatisation est
devenue effective. Ce
programme de privatisation a donné naissance à l'une
des concessions les plus importantes au monde. L'entité publique
en charge de l'AEP auparavant se heurtait à de nombreuses difficultés
de gestion (inefficacité, inertie due aux procédures, corruption),
et un grand nombre de responsables ont progressivement pris conscience
de la nécessité de confier le secteur de l'eau à
des gestionnaires privés, plus orientés "business"...
La
privatisation a toutefois rencontré de nombreuses oppositions,
de la part des employés de la compagnie publique, et dans les
clans de certains politiciens et experts qui redoutaient un "deal"
corrompu ou qui ne croyaient pas à la possibilité
de privatiser toute la chaîne de l'eau. Ces oppositions ont pu
être progressivement levées en offrant des indemnités de retraite
aux anciens fonctionnaires, et surtout en assurant transparence
et communication tout au long du projet. Mais Mark DUMOL attribue
avant tout le succès de la privatisation à une collaboration
efficace entre les principaux acteurs impliqués, rendue
possible par de bonnes relations entre les personnes intervenant
dans le processus.
La
privatisation, qui propose un partage de la ville à deux
opérateurs privés distincts, s'est notamment inspirée
du modèle parisien et des enseignements de la privatisation des
eaux de Buenos Aires (inspirée elle-aussi du modèle français).
MWSS (Metropolitan Waterworks & Sewerage System), l'ancien opérateur
public de Manille, a été démantelé en trois parties,
la première en charge de la zone est,
la seconde en charge de la zone ouest, et
la troisième donnant naissance au Regulatory Office,
l'entité en charge du contrôle réglementaire
de la concession.
Le
rôle du régulateur est à la fois indispensable et difficile
à assurer, et il n'existe d'ailleurs pas vraiment de modèle totalement
satisfaisant au niveau international. Cet organisme met en relation
le gouvernement, l'opérateur et les usagers. Le risque pour le
régulateur est cependant de s'assimiler au gouvernement qu'il
représente dans le contrat, ou d'être acheté par l'operateur.
L'offre
a été conçue afin que les tarifs proposés par les deux opérateurs
privés sur les deux zones soient les plus proches possibles.
Ils varient en fait du simple au double, mais cela ne semble avoir
posé aucun problème jusqu'à présent.
Le choix d'une concession à deux opérateurs peut
se justifier de plusieurs façons :
- Faire
jouer la concurrence et éviter le "chantage" d'un opérateur
unique;
- Répartir
les risques financiers et techniques, trop importants pour un
seul opérateur vu l'étendue géographique
de la zone à couvrir et l'importance des travaux à
mener;
- Procurer
un outil de 'benchmark" (comparaison) au régulateur.
"La privatisation en elle même aide les plus défavorisés",
à condition que le contrat soit bien conçu pour les défendre :
il s'agit de maximiser les bénéfices pour les usagers à travers
les obligations de la compagnie. A ce titre, les populations pauvres
sont trop souvent posées en victimes par des organismes comme
la Banque Mondiale au moment d'une privatisation, dans la crainte
d'une hausse des tarifs. Mark DUMOL rappelle qu'une connexion
individuelle posée par l'opérateur privé revient toujours moins
cher à terme pour l'usager, que dans le cas où ce
dernier est obligé d'avoir recours a des solutions alternatives.
Dans
les zones pauvres, la consommation à la connexion est proche
de la moyenne résidentielle, mais la consommation individuelle
moyenne est moindre, en raison du partage des connexions entre
plusieurs usagers. Ceci rend difficile la mise en place
de tout système tarifaire directement lié au volume de consommation
par connexion. Alors que pour un foyer défavorisé, la facture
d'électricité peut représenter jusqu'à 10% des revenus, la facture
d'eau représente rarement plus de 2%. Aussi, même pour les pauvres,
le prix de l'eau n'est pas à ce point critique.
A
Manille, 25% de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté.
La
prise en compte d'une solution d'approvisionnement de ces populations
pauvres a été considérée comme un bonus lors de l'appel d'offre,
sans toutefois devenir un élément décisif dans le sens où le contrat
prévoit de toute façon une desserte à 100 % (cette clause
demeure le meilleur moyen de s'assurer qu'aucun type de population
ne sera laissé à l'écart).
Desservir
les plus pauvres est un problème financier à considérer
dans le schéma d'ensemble de la concession, et non pas à
résoudre par des programmes spécifiques et parfois paradoxalement
discriminants pour les populations cibles. "Le véritable
enjeu pour l'accès à l'eau de ces populations, c'est la réduction
des coûts de connexion" qui sont aujourd'hui de 80
USD à Manille. Même payable sur deux ans, ce montant
reste prohibitif pour de nombreux foyers...
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