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L'histoire
du peuplement de Cato Crest n'est pas directement liée à l'apartheid.
La zone se situe à l'intérieur de la ville, à très faible distance
de quartiers résidentiels et d'affaires aisés, et n'est pas installée
en périphérie comme c'est le cas pour la plupart des townships.
Après une première vague de peuplement dans les années 40, la
zone s'était retrouvée à nouveau vacante entre les années 50 et
70, avant qu'une seconde vague de peuplement ne survienne dans
les années 80, pour donner naissance à une nouvelle colonie informelle.
Initialement,
le propriétaire des terrains de Cato Crest était l'Etat, ce
qui dispensait les services municipaux de l'approvisionnement
en eau de cette zone. Suite aux premières installations illégales,
l'Etat a dans un premier temps tenté de déloger les habitants,
sans succès. Il a donc choisi de transférer en partie la propriété
à la municipalité, qui est devenue automatiquement responsable
de l'installation d'un service d'eau (alors qu'il n'y avait aucun
réseau primaire dans la zone). Au départ, les
habitants (environ 372 abris de 3 à 5 personnes) ne disposaient
d'aucune source d'approvisionnement, et étaient donc contraints
de se rendre chez des "voisins" parfois distants de plusieurs
kilomètres pour trouver de l'eau (certains la donnaient, d'autres
la vendaient). Certains habitants devaient ainsi parcourir
quotidiennement de très longues distances à pieds pour aller trouver
une eau chère (jusqu'à R 1 pour 25 L).
Une des premières
actions de METRO WATER fut de conduire une rapide étude des petits
fournisseurs présents sur le site, afin de déterminer les modes
d'approvisionnement de survie mis en place par la population.
Ensuite, il fallut déterminer le niveau de consommation journalière
moyenne d'un foyer type, afin de préparer la capacité des solutions
à mettre en place. Ce niveau fut établi à environ 25 L par jour
et par personne (i.e. l'équivalent d'environ 4 à 5 des récipients
traditionnellement utilisés pour transporter l'eau du point d'approvisionnement
vers le foyer). Rapidement, l'équipe en charge de la zone opta
pour l'installation d'un premier standpipe (suivi par de nombreux
autres), connecté à une extension du réseau primaire. Dés le
début des relations avec les habitants et leurs représentants,
les responsables et les techniciens ont parié sur un réel engagement
de la population à leur côté, avec pour argument principal que
tout le monde devait faire face à une situation d'urgence, et
qu'il fallait donc s'entraider !
Des "agents" ont
donc été recrutés en accord avec la population, avec l'ambition
de les responsabiliser au maximum et de les transformer en réels
"little businessmen", véritables intermédiaires entre la
compagnie d'eau et les habitants. Ayant accès à un véritable marché
captif, ces agents pouvaient vendre en même temps que l'eau de
nombreux autres biens (alimentation, petit commerce de détail),
avec un petit stand à côté du standpipe dont ils avaient
la responsabilité. Pour devenir agent fontainier, les candidats
recrutés devaient déposer auprès de la compagnie une caution de
R 200, destinée à prévenir toute disparition avec les fonds collectés
sur le terrain (problème récurrent dans de nombreux autres pays).
METRO WATER incitait par ailleurs les habitants à former de petits
"Water Committees", pour structurer la population et améliorer
la communication. Cette solution permettait aux habitants d'avoir
accès à une eau propre, pour un coût moyen de R 24 / mois.
Progressivement,
et malgré l'augmentation de la densité du petit réseau de standpipes
(jusqu'à 12), il fallut passer à de nouvelles solutions d'approvisionnement
de la population, plus durables et mieux appropriées. Dominique
souligne que la population avait également gagné en maturité,
et souhaitait voir évoluer son niveau de service. Malgré le succès
indéniable des standpipes comme solution d'urgence, ce
système ne supprimait pas la corvée d'eau. Dominique se souvient
ainsi d'une femme du quartier qui présentait de nombreux problèmes
au niveau de la nuque et de la perte des cheveux, liés à ces multiples
trajets quotidiens pour l'approvisionnement en eau de son foyer.
Il rappelle que tout le succès des actions menées dans cette zone
est grandement fondé sur le consensus établi dés le départ
entre les habitants et METRO WATER . Il fut donc décidé de développer
un système d'approvisionnement individuel spécial, grâce à des
réservoirs de 200 L installés pour la plupart à l'extérieur des
habitations (pour des raisons de place notamment). L'habitant
devait contribuer à l'installation, en creusant lui-même la tranchée
(pas plus d'une dizaine de mètres en général) entre le panneau
de contrôle des vannes, et le réservoir installé sur son lot.
Ensuite, le réservoir était quotidiennement rempli des 200 L fixés,
pour un abonnement au service de R 9 / mois.
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Cette seconde solution
connut un important succès parmi la population, et METRO WATER
dut faire face à une augmentation soudaine et non prévue des demandes
d'abonnement au service (jusqu'à 600 demandes simultanées). Pour
répondre à cette demande, les équipes de techniciens choisirent
de sélectionner et de former de nouvelles recrues sur place, afin
de les aider dans les travaux d'installation. Parallèlement, la
population de la zone s'est mise à croître de façon exponentielle,
obligeant METRO WATER à entrer dans une nouvelle phase
de sa gestion du quartier, en attribuant des numéros arbitraires
aux différentes habitations pour mieux gérer les demandes, et
l'extension du réseau primaire et du parc de réservoirs. De 1
réservoir installé en 1993, on est ainsi passé à 3 500 réservoirs
connectés en 1996, 3 ans plus tard.
En insistant
sur le fait que plutôt que de faire acheter de l'eau aux gens,
mieux vaut leur faire acheter des idées, Dominique rappelle que
l'objectif est d'aller encore plus loin en faisant évoluer le
système de réservoirs vers des compteurs et des connexions individuelles.
Les habitants déjà équipés des réservoirs pourront bénéficier
d'une remise sur le coût de cette nouvelle connexion. Dominique
prévoit d'installer essentiellement des services de type "Semi
Pressure", le niveau qui convient le mieux au profil des habitants
de Cato Crest. Toutefois, certains leaders politiques locaux sont
déjà en train de faire campagne pour l'installation d'un service
"Full Pressure", arguant du fait que les habitants ont
droit à ce niveau de service "comme tout le monde", indépendamment
de leurs revenus. Cette récupération politique, inévitable,
présente un danger constant susceptible de remettre en cause la
bonne relation établie par les techniciens de METRO WATER.
Selon Dominique,
le grand succès rencontré dans la collaboration entre les habitants
de Cato Crest et les techniciens des services d'eau est clairement
lié à l'ancienneté d'une relation d'égal à égal, qui s'est
mise en place dés l'arrivée des premiers "colons" ("pour la
première fois, ces gens étaient traités comme tout le monde").
Dés le départ, les équipes de METRO WATER ont ainsi passé des
semaines entières sur le terrain pour créer des liens forts
avec la population, et montrer leur proximité dans la gestion
quotidienne des problèmes. En favorisant la création des "water
committees", METRO WATER a pu avoir un effet structurant sur
l'organisation du quartier, tout en gardant un certain contrôle
sur l'évolution de la situation. Comme partout, de petits groupes
de nouveaux venus ont tenté de soulever la population en défendant
la gratuité totale du service d'eau, mais ils se sont systématiquement
heurtés à une organisation solide, preuve de la solidarité entre
les habitants et la compagnie d'eau.
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