A Bangalore, la capitale de l'Etat du Karnataka (sud de l'Inde), Vivendi Water et Suez Ondeo travaillent actuellement en collaboration pour la réponse à une proposition de la ville d'ouvrir la gestion de son service d'eau au secteur privé. La volonté de la municipalité de Bangalore est de faire participer à ce projet 2 opérateurs privés étrangers, afin (comme à Manille par exemple) de répartir les risques financiers et techniques. Les deux opérateurs se verront donc attribuer au hasard une partie de la ville.

La proposition de Vivendi Water repose sur un contrat de management d'une durée de 5 ans, couvrant une population d'environ 1,3 million d'usagers, avec une proposition de contrat de concession au bout de 3 ans. Cette solution permet à la compagnie de minimiser le risque financier, au moins dans un premier temps. Pour le moment, les dispositions du contrat n'intègrent pas de mesures spécifiques pour le service aux populations pauvres, mais comme le souligne F. COX, "ce serait trop prématuré. Pour le moment nous devons faire nos premiers pas sur le terrain, établir des relations avec les ONG et les représentants des communautés". Néanmoins, une enveloppe budgétaire destinée aux populations pauvres a été estimée dans le projet. Pour le moment, la stratégie d'approche de ces populations sera a priori de densifier le réseau de robinets publics d'une part, et de progressivement accroître le nombre de connexions individuelles d'autre part.

Un des principaux avantages de Bangalore réside dans l'existence d'un important marché industriel et commercial. Les tarifs élevés pour ce type de clientèle (ainsi que des taux de recouvrement relativement hauts) permettent de générer d'importants revenus. Malgré tout, de nombreuses industries ont fait le choix de s'approvisionner par des moyens alternatifs (notamment grâce à des citernes), pour contourner le coût trop élevé de l'eau industrielle.

Sur le terrain, Vivendi Water dispose d'un correspondant permanent (Debashis ROY), en charge du suivi des négociations avec la municipalité et les différents acteurs impliqués dans le projet d'ouverture au secteur privé. Selon D. ROY, le principal risque d'échec des négociations provient actuellement de l'opposition formelle de certains syndicats d'employés du BWSSB (Bangalore Water & Sanitation Supply Board, l'organisation publique historiquement en charge du service d'eau), inquiets notamment pour la sécurité de l'emploi. Il existe en conséquence un important travail de communication à réaliser, sur les avantages d'une participation du secteur privé (amélioration des conditions de travail et de sécurité, développement de nouvelles opportunités de formation, utilisation de main d'oeuvre locale, améliorations techniques du service, etc.).

La question des tarifs demeure également un des points les plus difficiles de la négociation. "Il est particulièrement difficile d'introduire et de faire accepter un facteur profit dans le cas d'un service public comme le service d'eau". De plus, l'eau est déjà chère à Bangalore, car elle est pompée et acheminée d'une rivière située très en contrebas de la ville.

Debashis ROY,
correspondant de Vivendi Water à Bangalore

Enfin, D. ROY rappelle qu'en Inde encore plus qu'ailleurs, on ne peut rien imposer par la force. La coexistence de peuples, religions, cultures, langues différentes renforce les affirmations identitaires de chacun. Même si l'Etat du Karnataka demeure l'un des Etats les plus progressistes du pays, il serait dangereux de sous-estimer les conséquences d'une opposition de la population à un projet d'une telle envergure. "Il faut savoir être patient, et prendre le temps d'expliquer les choses, plutôt que de vouloir aller trop vite".

 

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