Rio, vendredi 24 avril, baie de São Conrado. Nous avons rendez-vous devant le grand hôtel Intercontinental pour rencontrer Carla. Premier contact avec l'univers des favelas. Carla habite à quelques pas d'ici, dans la favela Rocinha. Littéralement accrochée dans la montagne et faisant face à la baie de São Conrado, Rocinha a grossi en plein cœur de la zona Sul, au milieu des quartiers riches de Rio. Aujourd'hui, avec plus de 50 000 habitants, c'est à la fois la plus ancienne favela du Brésil et, aux dires des Cariocas, la plus vaste d'Amérique Latine. Il est courant d'entendre que 200 000 personnes vivent là, sur ce flanc de colline.

Vue du sommet de la favela Rocinha

Le lendemain, Carla nous guide dans les rues de Rocinha, où sa famille est installée depuis plusieurs générations. A 22 ans et cadette d'une famille de quatre enfants, elle n'assure pas moins de trois emplois en même temps. Elle travaille à l'hôtel Intercontinental de São Conrado l'après-midi et vend le matin des sandwichs à l'arrière d'une petite voiture garée près de l'hôtel. A l'occasion, Carla aime aussi faire découvrir Rocinha à quelques intéressés.

Carla ne parle pas anglais et le contact est d'abord difficile. Peu à peu, en mélangeant notre espagnol et son portugais, en parlant avec les regards et les mains, on parvient à se comprendre tant bien que mal. Carla nous dit être sur le point de commencer une formation en anglais : "Bientôt, ce sera plus facile". Très vite, on est charmé par le regard malicieux, l'allure débrouillarde et volontaire de cette jeune femme qui nous conduit dans son univers : un dédale de rues anonymes.

A propos de l'eau, le premier mot de Carla veut nous faire constater que la situation s'est nettement améliorée depuis quelques années. Cible privilégiée par le gouvernement pour la mise en place de réformes sociales, Rocinha a en effet été dotée d'un réseau public d'approvisionnement en eau potable au début des années 90. Ainsi, tous les habitants de la favela ont aujourd'hui accès à l'eau potable, cette même eau que l'on distribue dans les hôtels aux alentours. Elle tient néanmoins à nous montrer les valões, littéralement "égouts ouverts", comme pour rappeler que la situation est loin d'être idéale.

Au hasard d'une ruelle, Carla attire notre attention sur les filets d'eau qui s'échappent des tuyaux blancs enchevêtrés çà et là, par terre et sur les murs. Trous et fuites, tels sont les témoins de la précarité d'un système où chacun peut se raccorder au réseau de manière plus ou moins informelle. "Mais l'eau est gratuite" rappelle-t-elle…

C'est là que notre travail d'investigation commence…

 

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